Bonheur, bizarre, bazar

alphabetPetite participation brève, entre deux cartons, pour cause de déménagement.

Les 3 mots en titre, imposés par Domi (clic) pour le défi de la semaine, me ramènent sur le marché d’Ambanja, appelé Bazar Be, , où je me perdais avec Bonheur, au milieu des fruits et légumes, certains connus, d’autres inconnus et dont l’aspect, aussi bien que le nom, prononcé à la malgache nous ont semblé au premier abord si bizarres :

– le fridzac, qui m’a laissé un souvenir impérissable (clic),

  • le « friapin », traduire fruit à pain,  fruit de l’arbre à pain, sucgrand-frais-fruit-a-painculent, cuisiné comme les pommes de terre, (image Wiki)

 

 

pomme_cannelle– la « pokanel », pomme cannelle, tendre, sucrée, parfumée

 

 

3177949179_1_2_QDWMhpTDle « zamboz », la jambose rouge, appelée aussi pomme d’eau, de la grosseur d’une pomme, à la chair pleine d’eau, pratiquement sans goût, mais qui, consommée fraîche, désaltère merveilleusement. L’arbre a une magnifique floraison rose vif, recouvrant les routes d’un tapis presque fluorescent.

Et puis on s’habitue, et on guette la saison de ces fruits pour les consommer avec délices.

J : ni Jambon, ni Jus, ni Jujube

Les aliments en J ne foisonnent pas, à part les 3 qui font mon titre, alors

Pour les recettes de cuisine de Melle Domi (clic)

je ne vous livrerai pas de recette, mais je vous invite à partager un des plus beaux moments de notre ancienne vie trépidante d’expatriés :

Sur le marché, tu découvres, tu questionnes, tu demandes tes recettes, on te propose des fruits inconnus, en te précisant  » fridzac, bon, ça, très sucré ».
Tu regardes le fruit en question : la taille  d’un ballon de rugby, totalement informe, couvert de pustules, vert brunâtre. La marchande insiste « très sucré ».jacues
Tu as l’esprit aventureux, tu achètes, un, pour goûter. Tu finis ton marché, tu rentres chez toi (vroum vroum la 4L sur la route défoncée, complètement inondée après la dernière tempête, – tu as d’ailleurs pataugé dans l’eau jusqu’aux chevilles pour entrer dans la halle, cernée par la flotte – les nappes phréatiques ont débordé, la voiture a de l’eau presque jusqu’au sommet des roues, ton chauffeur ne se démonte pas, il slalome avec maestria entre les flaques, les paquets de gadoue, les zébus, les poules et leurs poussins)
Tu déballes tes achats, tu ne tiens plus d’impatience, tu sors ton fruit monstrueux, empoignes ton grand couteau, l’enfonces dans le fruit et……………… tu tires comme une malade pour le ressortir, (tu en pètes le manche, au passage) englué de filaments blancs, compromis entre le chewing-gum, le fromage dans les pâtes quand il file, et la colle extra forte.
Tu rejettes le tout avec une grande exclamation – beurk!!!
L’Homme arrive, tu expliques, montres d’un geste large ton couteau englué, les filaments qui coulent – et collent – sur le plan de travail, et tu conclus « on a acheté un oeuf d’Alien!!! »
Bien sûr, Mr Croc, connaissant ta tendance à l’exagération, et d’esprit encore plus aventureux que toi, n’en croit pas un mot prend une cuillère, examine la bête (l’intérieur ressemble à une grosse courgette)jack frut

« voyons, ça se mange comment? », plante sa cuillère dedans, extrait un petit bout de colle, le goûte (nous avons par cette occasion pu vérifier que ses dents sont saines et tiennent solidement dans ses gencives), et, sans un mot pose la cuillère dans l’évier, le fruit à côté.
Nous envoyons Petit Garçon remettre l’objet au gardien, qui s’est pourléché les babines à sa vue, et gardons en mémoire l’utilité future de ce fruit : couper en deux avec une tronçonneuse, frotter sur les murs et immédiatement après, appliquer le papier peint.
Il m’aura fallu ½ flacon de produit vaisselle, 1 savon entier et deux éponges pour que la cuillère et les restes du couteau reprennent leur aspect primitif!

Nous apprendrons bien plus tard que le « Fridzac » (prononciation locale de fruit de Jacques, le J  se prononçant, selon les cas,  Tss ou Z) est en réalité le Jacques, fruit du Jacquier (clic), que celui que j’ai acheté était encore vert et devait donc être cuit pour être comestible, que mûr il prend une coloration tirant vers le jaune, et qu’il est effectivement très sucré m’a confirmé l’homme, aventureux, ayant renouvelé l’expérience de goûter, mais un morceau choisi par notre cuisinier. Moi, rancunière et bornée, j’ai toujours refusé d’approcher à nouveau ce monstre…..

Les malgaches le mangent en fruit, les Réunionnais le cuisinent, en boucané ou en carry, recette ICI (clic)

Mofo sy Ronono

Pour les Scènes de rue du mercredi, chez Rosa.

Au marché, on trouve de tout, il suffit de déambuler d’étal en étal, et profusion d’articles s’offrent au regard.

La colonisation française a laissé des traces, et le pain (Mofo) reste encore la baguette. A consommer le jour même, par contre, dès le lendemain, la baguette réussit le tour de force d’être à la fois molle et sèche ! Voisinant avec le mofo, on trouve toujours quelques bouteilles de lait (Ronono) de chèvre ou de zébu, tout frais trait du jour, crémeux, onctueux, ni stérilisé, ni UHT et ô combien savoureux.

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Après la pluie

Pour les Scènes de rue du mercredi, chez Rosa.

Toliara (Tuléar), dans le Sud Ouest de Madagascar, la ville blanche, la ville soleil.

Dans cette région de poussière, il pleut en moyenne 10 jours par an, sur 3 mois, de brèves et violentes averses tropicales. Les rues, si elles sont balayées tous les jours, ne sont cependant pas entretenues, les chaussées sont pleines de trous, les égouts datent de la colonisation française. A la moindre averse, les trous se remplissent d’eau, les égouts débordent, d’énormes flaques se forment partout, rendant la circulation, piétonnière et automobile, délicate.

Mais Toliara est aussi une des rares villes où perdurent les pousse-pousse, permettant aux malgaches de circuler au sec, laissant à l’infortuné tireur de pousse le soin de patauger dans les flaques plus ou moins ragoutantes ….

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A la bonne épice

Depuis des lustres, je ne conçois plus de cuisiner sans épices.

Mais dans ma campagne, dès que j’ai besoin de renouveler mon bocal de piment doux, de gingembre moulu, de curcuma ça tourne à la course au trésor.

Et il me revient en mémoire « A La Bonne Epice ». C’était mon magasin préféré, à Tuléar.
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hebergement d'imageL’indienne qui tient cette boutique, voix grave et rocailleuse, maquillée comme une reine égyptienne, aux mains recouvertes de rosaces au henné, t’accueille en venant te faire 3 bises  » Bonjour ma belle, comment allez-vous, et de quoi avez vous besoin? »
Tu énumères le contenu de ta liste, et d’un geste large, elle te montre les tréfonds de sa boutique :
« servez-vous, ma chérie »
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Et là, tu plonges avec délices dans les corbeilles en plastique, étiquetées « lorier » « lorigan »  » feuilles de lestragon », massalé, anis, paprika doux et fort, carry, curry, curcuma, safran, anis étoilé, cardamome, citronnelle, vanille, graines de sésame, poivres ……. il y a de tout, et tu te noies dans les odeurs et les couleurs.
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Tu finis par faire ton choix, et à la caisse, tu vois des sambos tout juste faits « prenez-en un, ma chérie, cadeau »
Tu payes tes épices (je ne vous convertirai même pas les prix en euros, vous ne me croiriez pas), tu sors, et tu mords avec délices dans ton beignet, parfumé, pimenté, et tu reconnais l’oignon vert, le z………….. et puis non, je ne vous dis pas tout sur le sambos, il vous faudra attendre le prochain billet

La vie, sur cette île, a une saveur à nulle autre pareille.

Scènes de Rue 25

Pour les Scènes de rue du mercredi, chez Rosa.

A Madagascar, on voit très très peu de décorations de Noël dans les rues ou dans les magasins, que l’on soit en province ou dans la capitale.

Foin de ces décorations tapageuses qui laissent à penser que Noël est devenu prétexte à un concours de lumières. J’avais lu, il y a quelque temps une phrase qui m’avait réjouie :  » on change d’heure fin octobre pour faire des économies d’énergie, et un mois après nos villes font des illuminations qu’on peut voir depuis l’espace …. »

Bien, ce n’est pas le propos du jour.

Peu de décorations pour Noël, donc. Mais les européens vivant à Madagascar sont très attachés à leurs traditions, les commerçants et les vendeurs de rue l’ont vite compris. Et c’est ainsi, qu’à Antananarivo, début décembre, début aussi de la saison des pluies,  on peut voir déambuler dans les rues des sapins de Noël, bien artificiels, bien verts ou tout blancs, totalement décalés, sous cette lumière aveuglante et par cette chaleur moite, 35°, et  cette atmosphère humide qui devient de plus en plus étouffante au fur et à mesure que la journée s’avance  …
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Respect

En fouinant dans mes archives, à la recherche d’une photo pour les scènes de rue de Rosa, qui nous demande de publier, si possible, une photo évocatrice de Noël, j’ai trouvé une image, prise à Antananarivo en décembre 2012. J’en dirai plus au sujet de cette photo mercredi, mais….

Il m’est revenu en mémoire, en ces jours tragiques d’intolérance et de fanatisme prenant la religion pour prétexte, il m’est revenu en mémoire, donc, la parfaite entente entre les différentes sectes et religions, qui règne sur cette grande île.

Chrétienté et islam se côtoient en totale harmonie et, hors la période du Ramadan, il est difficile de savoir qui, à part les indiens qui affichent la barbe et un portrait de leur « pape » dans leur boutique, qui, donc, se réclame de telle ou telle foi.

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La société malgache, dans le coin où j’ai vécu, est essentiellement matriarcale, et les femmes, musulmanes ou pas,  tiennent leurs petits commerces de légumes ou d’épicerie d’une main de fer. Un jour, où nous patientions devant l’étal de légumes, sous la halle du bazary Be (le grand marché), est arrivé un barbu, disparaissant dans son ample djellaba, le crâne coiffé d’un torchon blanc, de toute évidence intégriste et tenant les femmes en parfait mépris, son harem, bâché de noir des pieds à la tête attendant dehors, en plein soleil. L’accès de la halle où toute l’extrémité nord est occupée par la boucherie, non halal et où les bouchers sont des hommes, leur était de toute évidence interdit par leur seigneur et maître. Celui-ci arrêtait son choix sur tel ou tel légume, le désignait, s’adressant à la marchande sur un ton très sec, et toujours sans la regarder. Celle-ci, imperturbable et souveraine, regardait au loin, ou discutait avec la marchande de l’étal voisin, ignorant superbement son client potentiel. Ce dernier parlait de plus en plus fort, de plus en plus sec, jusqu’au moment ou la marchande, toujours sans le regarder, mais tournée dans sa direction, glapit quelques mots, provoquant le départ furieux du barbu, et les grands rires de toutes les femmes de la halle.

Traduction demandée, tout sourire, elle nous expliqua lui avoir répliqué que « ici, on respecte les femmes, et on les regarde quand on s’adresse à elles. Et donc, tant qu’il parlera aux légumes, je ne me sentirai pas concernée. S’il veut acheter quoi que ce soit, qu’il me le dise, à moi, ou qu’il envoie une de ses pauvres femmes. » Bruyamment approuvée par ses collègues.

Il m’est revenu en mémoire aussi, l’explication de l’employée de l’opticien…. L’opticien, musulman, ainsi que toute sa famille, quitte sa boutique pour chaque prière rituelle lors du ramadan, laissant sa rondelette employée accueillir les clients. Je m’étonne, en la voyant vêtue de la tenue des musulmanes, pantalon, grande tunique, foulard, tout ceci dans de magnifiques tissus soyeux, chatoyants, dignes d’une princesse indienne, alors que j’ai l’habitude de la voir moulée dans des robes bain de soleil, ou des débardeurs mettant en évidence toutes ses rondeurs:
« Tu ne vas pas prier à la mosquée ?
– Non, je suis chrétienne.
– Mais alors, pourquoi cette tenue ?
– Par respect pour mon mari, qui est musulman. Toute l’année, il respecte ma religion, me laisse aller à la messe, me laisse prier. Il est donc normal que, pour le ramadan, je fasse l’effort d’adopter la tenue des femmes musulmanes. « 

J’ai aimé le mot « respect », dans ce cadre religieux, mot qui devrait être enfoncé à coups de marteau dans le cadre de ces fadas d’intégristes et autres fous dangereux, qui, eux, ne méritent pas le respect…..

Scènes de rue – 23

Pour les Scènes de rue du jeudi, chez Olgayou

Sous le nom d’Hôtel des Mines, il fut un temps le plus bel hôtel de Diégo. On le doit à Alphonse Mortages, personnage haut en couleurs qui débarqua à Diégo en 1897.
Aventurier sympathique et généreux, il découvrit les mines d’or d’Andavakoera, devint fabuleusement riche, se ruina plusieurs fois et nous laissa ce splendide bâtiment.
Dans « L’Ile Rouge », le romancier Jean d’Esme évoquait, en 1928 en des termes qui font rêver, l’hôtel et son constructeur : « Gardant sans doute un souvenir tenace de sa première profession et revenant à ses vieilles amours, l’heureux mineur fit construire, en ce Diégo-Suarez aride et inhospitalier aux touristes, un hôtel, mais un hôtel confortable, vaste, coquet avec son patio intérieur, ses arcades nombreuses, ses chambres larges et aérées, sa longue salle à manger et son billard envahis de fraîcheur, et sa terrasse ouverte sur la grande féerie de la baie. Comme de juste, il l’appela l’Hôtel des Mines. Lire la suite